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Rien ne va plus entre la FIBA et l'Euroleague, le basket français en danger ?

L'Euroleague, une puissante ligue semi-fermé

L'Euroleague, une puissante ligue semi-fermé | AHMET DUMANLI / ANADOLU AGENCY

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Publié le 15/03/2016 | 12:25

Si l'Euroleague est entrée dans sa phase primordiale, le Top 16, ses dirigeants jouent une autre bataille dans d'autres sphères. En creux, la volonté de la Fédération internationale (FIBA) de reprendre la main sur les compétitions européennes et en fond un basket français en danger.

Le conflit

Partons d’un fait simple : l’Euroleague, l’équivalent de la Ligue des Champions de football dans son excellence, est une compétition privée semi-fermée qui offre à certains clubs des sésames automatiques chaque saison. Le tout pour assurer au public des rencontres de choix et aux partenaires des revenus substantiels. Une situation qui déplait de plus en plus à la Fédération internationale de basket (FIBA) qui souhaite reprendre la main sur l’organisation des compétitions européennes. Ainsi, cette saison, la FIBA a créé l’Europe Cup pour concurrencer l’Eurocoupe, organisée par l’Euroleague, au second échelon continental. Mais, la saison prochaine, la Fédération internationale veut aller plus loin en créant sa Champions League.

Problème, les grands clubs européens ne veulent pas suivre la FIBA. Forte d’un nouveau partenaire – IMG qui a signé pour dix ans et 630 millions d’euros -, l’Euroleague, dirigée par Jordi Bertomeu, est plus puissante que jamais. Lundi, elle a annoncé les équipes qui participeront à sa compétition l’an prochain. Onze tickets iront à l’Efes Istanbul, le Fenerbahce, le CKSA Moscou, Milan, le FC Barcelone, le Real Madrid, Vitoria, le Maccabi Tel-Aviv, l’Olympiakos, le Panathinaïkos et le Zalgiris Kaunas plus une wild-card (en 2016/2017 puis au champion d’Espagne), le champion de la VTB League (ligue unifiée de l’Europe de l’Est), le champion d’Allemagne, le champion de la Ligue Adriatique (ligue des pays de l’ex-Yougoslavie) et le vainqueur de l’Eurocoupe.

De son côté, la FIBA doit lancer officiellement sa Champions League lundi 21 mars. Une compétition que la Fédération veut le deuxième échelon européen, consciente qu’elle est de la toute puissance de l’Euroleague. Oui mais voilà, Jordi Bertomeu ne veut pas voir disparaître l’Eurocoupe, l’actuelle C2. Tant et si bien que la Champions League se retrouverait avec un plateau famélique. L’argument de la FIBA réside dans une menace : tout club qui sera inscrit dans une compétition non-approuvée par celle-ci (comprenez l’Euroleague ou l'Eurocoupe) sera sanctionné par sa fédération nationale. Une menace qui laisse les clubs de marbre. De son côté, l’Euroleague a saisi la Commission européenne pour dénoncer une violation du droit de concurrence. Le feuilleton n’a pas fini de faire parler.

Le précédent

Ce n’est pas la première fois que la FIBA se rebelle contre l’Euroleague. Lors de la saison 2000/2001, elle avait créée la Suproleague pour concurrencer la nouvelle Euroleague. Bilan, deux compétitions européennes de premier plan regroupant du côté FIBA des clubs comme le Maccabi Tel-Aviv (vainqueur final), le CSKA Moscou, le Panathinaïkos, l’Efes Istanbul ou encore l’ASVEL et Pau-Orthez, et pour l’Eur​oleague, le Kinder Bologne (futur vainqueur), Barcelone, le Real Madrid ou l’Olympiakos. L’image du basket européen en avait pris un coup et cette situation ubuesque s’étaitsoldée par la suppression de la Suproleague et le renforcement de l’Euroleague. Quinze ans après, l’histoire bégaye et on voit mal comment, avec le soutien des mastodontes du continent (Real Madrid, Barcelone, CSKA Moscou, Olympiakos...), l’Euroleague pourrait perdre son bras de fer face à la FIBA.

La position française​

Si ce conflit fait particulièrement parler en France, c’est que la Fédération française de basket-ball, mené par son Président Jean-Pierre Siutat, a décidé de suivre la FIBA et impose à ses clubs d’en faire de même. Vu le niveau, faible au regard de l’excellence européenne, que devrait afficher la Champions League, le monde du basket français s’inquiète. Sur les antennes de RMC, Jacques Monclar, ancien international (201 sélections) et éminence de la balle orange dans l'Hexagone avait ces mots : "On ne peut pas dire que l’Euroleague ne soit qu’une entreprise commerciale (comme le défend Jean-Pierre Siutat). C’est l’excellence du niveau de basket en Europe. […] Que va-t-on proposer à nos gosses ? D’aller jouer en deuxième ou troisième division européenne ?". Il répondait à Jean-Pierre Siutat qui regrettait le côté "commercial" de l’Euroleague et son côté "fermé" et proposait "une harmonisation sur le territoire européen".

Oui mais voilà, la situation est telle qu’elle a poussé le syndicat des entraîneurs à se fendre d’un communiqué : "Les entraîneurs français sont aujourd'hui fortement inquiets de l'avenir européen réservé à leurs meilleures équipes professionnelles. S'il n'appartient pas aux entraîneurs de décider de la participation ou non des clubs à l'une ou l'autre des compétitions, il est néanmoins de leur devoir de rappeler que le progrès ressort du travail et de l'opposition avec les plus forts, et que la poursuite de l'Excellence passe par le contact fréquent avec la pratique du plus haut niveau...".

Aujourd’hui, il semble que la FFBB fasse le pari du long terme. Marginalisés au niveau européen, les clubs français mise de la fidélité en espérant que la FIBA remporte son duel face à l’Euroleague. Un pari très risqué.

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