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Johan Cruyff, l'incarnation du "football total"

Johan Cruyff face au gardien argentin Daniel Carnevali, lors du quart de finale du Mondial 1974

Johan Cruyff face au gardien argentin Daniel Carnevali, lors du quart de finale du Mondial 1974 | AFP

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Publié le 24/03/2016 | 14:30, mis à jour le 24/03/2016 | 21:20

Triple Ballon d'Or (1971, 1973 et 1974), Johan Cruyff reste indissociable du "football total" prôné par l'entraîneur Rinus Michels dans les années 1970. Aussi rapide qu'endurant, l'attaquant néerlandais de l'Ajax puis du FC Barcelone avait grâce à ce système, révolutionné son poste, et en était devenu l'incarnation. Si le monde du football est en larmes après l'annonce de son décès, le "Hollandais volant" laisse néanmoins derrière lui un riche héritage, celui de l'amour du beau jeu.

Spectaculaire, et surtout déroutant pour les adversaires qui le subissaient, le "football total" nécessitait des qualités dont peu de joueurs étaient dotés. Aux côtés d'autres talents tels que Johan Neeskens ou Ruud Krol, il y en avait un qui était au-dessus du lot, et la magie opérée par toute une équipe le mettait d'autant plus en valeur. Comme ses coéquipiers, que ce soit en sélection ou avec l'Ajax, puis plus tard avec le Barça, Johann Cruyff appliquait à la lettre les consignes de ce schéma révolutionnaire, où les attaquants devenaient défenseurs et où les défenseurs devenaient attaquants, en fonction des phases de jeu.

"Nous avons rappelé à tout le monde que le football était un plaisir, expliquait-il. J'incarne une époque où le football offensif était synonyme de succès. Le plaisir était une notion fondamentale", résumait encore le Néerlandais, décédé ce jeudi des suites d'un cancer des poumons.

Joueur hors-normes

Bien plus doué techniquement, capable d'inventer des feintes face à n'importe quelle défenseur, mais aussi plus rapide que la plupart de ses partenaires, Cruyff excellait dans un système qui lui permettait d'exploiter au mieux ses qualités. Capable de courir un 30 mètres en 3,8 secondes départ arrêté, ce qui le plaçait au même rang que les grands sprinteurs de l'époque, le natif d'Amsterdam se distinguait en outre par sa faculté à se déplacer aussi rapidement avec, que sans un ballon dans les pieds. Joueur hors-normes, il avait vraisemblablement 20 ans d'avance sur le football et l'attaquant moderne. 

Johan Cruyff (à gauche) aux côtés de Hugo Sotil Johan Neeskens, en 1974 avec le maillot du Barça (AFP)
 

Ce n'est pas pour rien que Michel Platini a indiqué peu de temps après l'annonce de son décès qu'il était "le meilleur joueur de tous les temps". L'ancien meneur de jeu des Bleus n'a d'ailleurs jamais caché qu'il s'était inspiré du Néerlandais. Sa vision du jeu, associé à ses talents de buteur lui ont permis de remporter de nombreux titres, qu'ils soient individuels (triple Ballon d'Or), ou collectifs, comme ses trois succès consécutifs en Coupe d'Europe avec l'Ajax (1971, 1972, et 1973). Cruyff aura d'ailleurs fini de convaincre tous les rares sceptiques du football total lors de la finale de 1972, avec un doublé qui mettait au tapis le "catenaccio" de l'Inter Milan (2-0). Mais il restera à jamais frustré par les échecs en sélection et surtout la défaite en finale du Mondial 1974 face à l'Allemagne de Franz Beckenbauer (2-1).

L'héritage du football total

Une fois le mythique N.14 rangé dans son placard, Cruyff n'en avait pas pour autant oublié le football total. Devenu entraîneur, il tentera de faire perdurer cette vision du jeu portée vers l'attaque avec l'Ajax d'Amsterdam, dont il deviendra l'entraîneur dès 1985, et avec laquelle il remportera la Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupes deux ans plus tard. C'est en 1988 que le FC Barcelone fait appel à lui, cette fois en tant que coach. Après avoir porté le maillot blaugrana durant cinq saisons (de 1973 à 1978), le "Hollandais volant" revient au Camp Nou avec la même philosophie que son mentor, Rinus Michels.

"La qualité sans résultat, c'est inutile. Le résultat sans qualité, c'est ennuyeux", se plaisait-il à répéter. S'il adapte au Barça le 4-3-3 en 3-4-3, l'idée de base est toujours la même, celle de proposer un football rapide, technique, et tout en mouvement. Un certain Josep Guarduiola qu'il avait sous ses ordres à l'époque, deviendra l'un de ses joueurs clés, avant de prendre lui aussi place sur le banc du Barça. Si aujourd'hui encore, le jeu du club catalan et certains entraîneurs comme Guardiola revendiquent un jeu attrayant, Johan Cruyff n'y est pas pour rien. Son héritage perdure.

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