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Rio 2016 - Rio de Janeiro et le Brésil à la croisée des chemins

L'édition 2016 des Jeux Olympiques s'est éteinte sur Rio de Janeiro

L'édition 2016 des Jeux Olympiques s'est éteinte sur Rio de Janeiro | AFP - Eric FEFERBERG

Par notre envoyé spécial

Publié le 22/08/2016 | 07:40, mis à jour le 22/08/2016 | 10:22

Premier pays du continent sud-américain à accueillir les Jeux Olympiques, le Brésil avait d'immenses défis à relever. Entre la crise économique et politique, les risques d'attentats, des travaux importants et une dépollution notamment de la baie de Guanabara, Rio de Janeiro n'a pas rempli toutes ses obligations. Un signe du travail qui reste à faire pour ce pays émergeant.

Des enceintes à moitié vides d'un côté, une ferveur populaire unique au Maracana. Voilà deux images opposées de ces Jeux Olympiques de Rio 2016, deux symboles de son organisation. Verre à moitié vide ou verre à moitié plein, chacun peut choisir sa vision des choses.

En annonçant 87% des billets vendus, le Comité d'organisation semblait assez positif quant à la fréquentation des stades. Mais la réalité a été différente. Hormis au Maracana, lors des matches de l'équipe du Brésil, au Maracanazinho, pour le volley, et au beach-volley sur la plage mythique de Copacabana, les enceintes n'ont pas toujours été remplies. Bernardo Mello, journaliste à O Globo, tente une explication: "J'ai entendu dire que beaucoup de personnes ne venaient pas sur les compétitions pour lesquelles ils avaient acheté un billet. Je pense aussi que beaucoup de billets sont réservés au CIO, aux fédérations et au comité d'organisation, et les gens ne viennent pas". L'arrestation de Patrick Hickey, chef des Comités olympiques européens, accusé d'appartenir à un réseau de vente illégale de billets pour les Jeux, ajoute une ombre à la billetterie.

Le constat est également partagé par Raï, l'ancien joueur du PSG ambassadeur de France Télévisions pendant ces Jeux: "Il y a des quotas pour les sponsors, qui donnent des places à des gens qui ne sont pas passionnés par le sport. C’est dommage. Je suis sûr qu’il y a des milliers de Brésiliens qui rêvaient de venir." Et il émet d'autres raisons: "Les Brésiliens ne sont pas habitués à faire des achats sur internet, avec des tirages au sort. Il y a aussi l’aspect financier, avec des places chères. C’est dommage. Je suis sûr que, si on avait fait un prix plus bas au dernier moment, beaucoup seraient venus pour remplir les stades. Les JO sont très suivis à la télévision au Brésil."

Les Cariocas heureux des Jeux, malheureux du pouvoir politique

Une désaffection populaire, lié à un rejet de ces JO, pouvait-elle expliquer ce manque de remplissage ? Bernardo Mello ne pense pas: "La plupart des Cariocas sont heureux de ces JO. En revanche, les Brésiliens en général sont très mécontents du pouvoir politique et économique du pays. Comme le regard du monde entier est braqué sur le pays pendant ces Jeux, certains en profitent pour faire passer un message politique." Raï en atteste: "Je me promène partout dans la ville. Il y a de l'engouement." Pour lui, à ce niveau-là, le contrat est rempli: "J’étais un peu inquiet par rapport à tous ces gens qui arrivaient de partout. Mais j’ai eu l’impression que plus les gens arrivaient ici, plus la ville de Rio était contente. Je crois que cette ambiance de fête, d’échange, cela compense les erreurs commises." Car il y en a eues.

Avant les JO, la principale crainte reposait sur les risques de terrorisme. Dans une ville où, sur les cinq premiers mois de 2016, 2083 personnes avaient été tuées, le risque d'un acte violent était encore décuplé par la situation internationale et les récents attentats. Avec 80 000 personnes chargées d'assurer la sécurité globale, le Brésil avait mis les moyens. Mais rien de majeur n'a été à déplorer. En revanche, beaucoup de critiques ont été émises concernant les travaux, que ce soit dans les stades, dans le village olympique ou concernant les infrastructures routières. "Il ne faut pas cacher qu’il y a plein de choses qu’on aurait pu faire mieux", souligne Raï. "Le village a été livré au dernier moment. Il n’a donc pas été testé pour se rassurer. C’est une faute des Brésiliens. Mais la plus grande faute, de mon point de vue, c’est la pollution de la baie de Guanabara. On aurait pu le faire beaucoup mieux, même si cela n’a pas gâché les Jeux. Beaucoup de travaux ont été livrés au dernier moment." Parmi les points négatifs également, signe d'un manque d'organisation, sur les 56 000 volontaires, chargés d'encadrer, renseigner le flot de spectateurs et d'acteurs des Jeux, 15 000 ont déserté leur poste durant ces Jeux. 

Vidéo: La pollution au coeur de Rio (Stade 2 du 31 juillet 2016)

 
 

Eviter des lendemains qui déchantent

Pour ces deux Brésiliens, ces Jeux Olympiques 2016 doivent marquer un point de départ, pas une finalité. "Il faut apprendre de ces erreurs pour que les Brésiliens s’organisent mieux en vue d’autres compétitions sportives, mais d’une façon plus générale, que le pays planifie mieux ses projets. Il faut apprendre, et on va apprendre", annonce avec conviction Raï. "Le Brésil a sûrement grandi, pendant ces 15 jours, et pendant tout le processus. Une chose montre que le Brésil évolue: au même moment que les JO se déroulaient, le processus de destitution contre Dilma se poursuivait. Le pays n’oublie pas ses obligations. On n’arrête pas les Jeux pour un processus politique, et on n’arrête pas un processus politique pour les Jeux." Bernardo Melo appelle également à la vigilance: "Les Jeux ont bien évidemment eu des conséquences positives. Mais Rio de Janeiro a de plus grands défis à relever pour son futur, et nous ne devons pas compter uniquement sur les JO pour régler nos problèmes. Sinon, nous pourrions nous réveiller au lendemain des Jeux avec une gueule de bois."

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