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Rio 2016 - Hugues Obry, un meneur d'hommes en or pour les épéistes français

Jean-Michel Lucenay, Yannick Borel, Hugues Obry, Daniel Jerent et Gauthier Grumier, champions olympiques (de gauche à droite)

Jean-Michel Lucenay, Yannick Borel, Hugues Obry, Daniel Jerent et Gauthier Grumier, champions olympiques (de gauche à droite) | AFP - 2PIX-EL - DPPI MEDIA - EDDY LEMAISTRE

Par notre envoyé spécial

Publié le 15/08/2016 | 02:50, mis à jour le 15/08/2016 | 03:11

Champion olympique par équipes en 2004 à Athènes, Hugues Obry a attendu douze années pour retrouver la première marche aux JO en tant qu’entraîneur cette fois. Un aboutissement pour un groupe à qui il avait fixé cet objectif voici quatre ans, au lendemain du zéro pointé à Londres. C’était sa dernière compétition à la tête de l’équipe de France, avant de prendre en mains les destinés de l’équipe de Chine. Un adieu en fanfare

« C’est dur pour moi car je donne ma vie. » Hugues Obry a les larmes aux yeux. Il vit à 100%, et même plus, les combats que livrent ses épéistes. C’est le cas depuis le début de la semaine olympique des escrimeurs, qu’il sait sa dernière avec le survêtement floqué du nom « France » dans le dos. Car à la prochaine rentrée, c’est en Chine qu’il apportera tout son savoir. Et forcément, cela donne à cette épique aventure brésilienne une dimension affective.

Un désir de filiation

L’ancien épéiste a tout connu sous le maillot de l’équipe de France. L’argent olympique en individuel et en équipe à Sydney en 2000, l’or collectif à Athènes en 2004, un titre de champion du monde en individuel (1998) et par équipe (1999), mais aussi les affres de la claque reçue à Londres en 2012, ou les luttes intestines au sein de la Fédération. C’est toutes ces pages de son histoire qui se tournent avec son départ. Mais Hugues Obry a voulu bien faire les choses, sans gâcher sa sortie ni celle d’un de ses protégés, le N.1 mondial Gauthier Grumier, désormais retraité. « C’était important pour moi qu’ils reviennent avec une médaille autour du cou », glissait-t-il avec émotion. « Grâce à des mecs, j’ai pu avoir l’or. Je veux qu’ils l’aient aussi", disait-il après la qualification pour la finale. "C’est une continuité à avoir. »

A l’époque, c’était avec les frères Jeannet et Erik Boisse. Aujourd’hui, ces compères de combat se nomment Gauthier Grumier, Daniel Jerent, Yannick Borel et Jean-Michel Lucenay. Cette transmission, il en rêve depuis plus longtemps que les quatre dernières années, passées à la tête des épéistes : « J’en rêve depuis que je suis gamin. J’en ai eu une en tant que tireur, et dès que j’ai commencé à entraîner, c’était aussi pour être champion olympique comme entraîneur. »

Vidéo: La réaction des Français

 
 

Quatre années avec l'objectif or en tête

Il a donc transmis le virus. « On a attendu ça toute notre vie », lançait Yannick Borel après la qualification des Bleus pour la finale. « C’est notre première finale olympique, sauf pour Jean-Michel qui l’a déjà vécue. » A ce moment-là, Hugues Obry rappelait : « C’est ce qu’on recherche depuis longtemps. Je leur parle de finale olympique, et là ils vont y goûter. Mais on a un truc tous ensemble : on veut la médaille d’or. » Très facile tout au long de la journée, l’Italie était un monument à gravir. Mais l’équipe de France était plus forte. « C’est une récompense de quatre ans, quatre ans de galère, quatre ans de bonheur aussi », scande l’entraîneur.

« Quand on les voit comme ça, on pense que c’est facile, mais ça ne l’est pas », souligne Obry. « C’est dur pour eux car je ne suis pas un entraîneur simple, et c’est dur pour moi car je donne ma vie pour ça. » Et il attend beaucoup de ses hommes : « Les entraînements sont bien plus durs que les compétitions. » Avec cette méthode, il a permis à l’équipe de France de conserver un titre olympique en équipe gagné en 2004 et 2008 (absent en 2012) : « C’est des héritiers. Aujourd’hui c’est des rois. » Et il l’avoue : « Il y a eu beaucoup de travail. Quand les équipes étrangères sont venues s’entraîner avec nous, elles ont trouvé que mes entraînements étaient difficiles. Pour réussir, il faut que les entraînements soient plus durs que la compétition car elle doit être une joie. J’ai remis au centre du projet le combat. On fait un sport de combat : il faut les avoir, et il faut tout donner. »

Vidéo: La victoire de la France

 
 

"Une mene​ur d'hommes"

Ses désormais anciens élèves confirment l’exigence : « Hugues a pris un groupe qui avait fait 0 médaille à Londres », se souvient Yannick Borel. « Il a annoncé deux médailles d’or à Rio. Il a su être un meneur d’hommes, et nous amener ce qu’il avait en lui : la culture de la gagne. » Daniel Jérent précise au sujet du meneur qu’est le coach : « Il nous connaît, sait nous parler, nous galvaniser. C’est sa force. Il nous a apporté sa hargne, son expérience du haut niveau. Il sait gagner aux Jeux. » Gauthier Grumier, médaillé de bronze en individuel, émet le même avis : « Il a apporté sa gnac. Dans son premier discours, il annonçait vouloir faire le doublé aux championnats du monde et aux Jeux Olympiques. Ca a donné le « la » de l’olympiade. On savait qu’on ne pourrait pas se défiler à l’entraînement. Les séances se sont densifiées, ont été plus dures. Il a toujours été dur mais juste. Il savait ce qu’il voulait. Il s’en va, c’est dommage pour l’équipe de France. » Un avis partagé par Brice Guyart, ancien coéquipier de l'équipe de France aujoud'hui consultant France Télévisions: "C'est un tireur de haut niveau qui a su transmettre plein d'autres choses: de la combativité, de la confiance, toujours aller de l'avant, créer du jeu. Et c'est un bosseur qui ne lâche jamais ses hommes, qui leur demande toujours plus. Il  de grands champions, mais c'est aussi un super meneur d'hommes."

Une fois la médaille d’or arrachée de belle manière, Hugues Obry a encore fait la place à l’affectif : « J’ai pris mon pied à vivre avec eux pendant quatre ans. C’est un groupe que j’ai monté, et j’en suis fier. C’est ma famille. Ils vont beaucoup me manquer. Jamais personne ne pourra détruire ce qui s’est passé. J’en ai sorti qui étaient au fond du trou, j’en ai ramené, j’en ai perdu. Quand on voit ce résultat, ça valait le coup. Ils vont me manquer, mais ils m’ont déjà dit que j’allais leur manquer aussi. » Jusqu'au bout, il aura couvé son groupe. Au pied du podium, il les regardait, souriant face au bonheur de ces troupes. Mis de côté pour la finale, Gauthier Grumier annonçait déjà son espoir d'intégrer le futur staff. Pour prolonger la filiation d'une épée tricolore triomphante.

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