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Rio 2016 - L'argent du demi-bonheur des fleuretistes français

Jérémy Cadot, Erwann Le Pechoux, Enzo Lefort, Jean-Paul Tony Helissey, en argent à Rio

Jérémy Cadot, Erwann Le Pechoux, Enzo Lefort, Jean-Paul Tony Helissey, en argent à Rio | AFP - THOMAS COEX

Par notre envoyé spécial

Publié le 13/08/2016 | 04:38

Médaillée d'argent aux Jeux Olympiques de Rio, l'équipe de France nourrissait des regrets après sa défaite (45-41) contre la Russie en finale. Car Enzo Lefort, Erwann Le Pechoux, Jérémy Cadot et Jean-Paul Tony Helissey ont longtemps dominé les Russes, et en plus, en demi-finales, ils avaient écarté la meilleure équipe du monde, l'Italie.

Voici quatre ans, Erwann Le Pechoux errait comme une âme en peine à Londres. Incapable de comprendre ce qui avait advenu de l'escrime française, avec son zéro médaille en 2012, au sein d'une équipe du fleuret dont les tensions avaient explosé au grand jour. Quatre ans après, il est déçu. Mais pas de la même manière. Et surtout, il a une médaille d'argent autour du cou. A 34 ans, il est le doyen de cette équipe. Il l'a portée avec Enzo Lefort pour mener à la victoire contre l'Italie, en demi-finales. "On n’arrive pas à se rendre compte de la beauté de cette victoire. L’Italie, c’est la meilleure équipe du monde. On a montré qu’on était largement aussi fort qu’eux, voire plus fort. C’est incroyable. On y croyait mais les battre de cette manière, c’est fort", disait-il après la victoire de 15 points (45-30). 

Vidéo: La finale contre les Russes

 
 

En finale, contre les Russes, le chemin semblait mené jusqu'à la plus haute marche du podium. A mi-course, l'avantage était important (25-16). Mais la Russie s'accrochait, et comblait son retard, sans que Jean-Paul Tony Helissey, entré en jeu comme remplaçant, et Le Pechoux, ne puissent endiguer ce retour. "Il y a eu un moment clé avec le duel entre Cheremisinov et moi", constatait Jérémy Cadot. "On le savait. Dans la saison, j’ai pris 5-0 et 8-1 contre lui. On savait que ce serait compliqué. Je suis arrivé sur la piste avec un esprit de vainqueur. J’avais travaillé pour tenter de combler mes lacunes contre ce type de tireurs. J’ai fait mon maximum. Les autres ont été très forts." L'autre moment-clé, c'est l'entrée de Jean-Paul Tony Helissey, battu par Akhmatkhuzin (10-3). "J’avais préparé beaucoup de scénarios, comme celui de ne pas avoir de médaille", expliquait le remplaçant. "Je n’avais pas pensé à celui-là : faire mon entrée et ne pas la réussir. C’est difficile de passer toute une journée derrière les mecs et de rentrer soudainement. Après, j’étais prêt. Malheureusement, ça s’est mal passé face à un adversaire coriace. "J’aurais voulu faire mieux, apporter ma pierre à l’édifice, aider mes camarades d’équipe."

Des changements décisifs depuis 2012

Mais contrairement  2012, l'équipe fait front. "On a été une équipe toute la journée, on a eu de beaux succès, c’est une défaite en finale des JO. On perd tous ensemble", affirme Enzo Lefort, qui connaît Jean-Paul Tony Helissey depuis qu'ils ont 5 ans. "C’est vraiment pas facile de rentrer comme ça. Il n’a pas de séance individuelle, il n’a pas tiré sur les deux premiers matches et on lui demande de rentrer dans le dernier relais de la finale olympique." Un avis partagé par Jérémy Cadot: "Pour n’importe qui, cela aurait été difficile. Sur le plan psychologique, c’est très compliqué car il n’a pas eu les individuels pour se mettre dans la compétition. Il s’est entraîné rien que pour cet instant. Pendant toute la journée, les autres tireurs ont plusieurs matches pour se régler et entrer dans la compétition, avec l’agressivité et la tension, à un moment-clé du match. On ne lui en veut absolument pas. On est une équipe : on a battu de fortes équipes en équipe, et on perd en équipe."

En quatre ans, beaucoup de choses ont changé. Enzo Lefort se charge d'en énumérer quelques aspects, qu'il relie à un nom: Franck Boidin, entraîneur du fleuret depuis 2012. "Franck nous a appris à ne pas stéréotyper nos jeux. Jusqu’à 2012, il y avait un jeu à la française, fait d’avancées et de reculs, sans trop de surprise. Il a apporté des changements de rythme, une façon de jouer avec la distance. Il a changé pas mal de choses tactiquement. C’est là-dessus qu’il a mis l’accent. On s’entraîne beaucoup plus dur. Ce sont plein de petits ajustements qui font que c’est une médaille d’argent." Et Jérémy Cadot ne veut retenir que le positif de cette aventure: "Le rêve s’est réalisé : on a battu l’Italie. Si on m’avait dit ça ce matin, j’aurais signé. Je suis très fier de cette médaille d’argent. Honnêtement, si on voit la saison, et les dernières rencontres contre l’Italie, statistiquement, il y avait plus de chances qu’on perde plutôt qu’on ne gagne. On a bien gardé à l’esprit que c’était possible, que c’était faisable. Il y a quelques années, on a été champion du monde, champions d’Europe. On savait qu’on pouvait battre ces équipes là. L’Italie, c’est l’équipe N.1 mondiale." Et les Français sont désormais vice-champions olympiques.

Vidéo: La réaction des escrimeurs

 
 

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