Tour de France - Prudhomme: "Un vrai basculement"

Publié le 22/07/2012 | 11:51

Prudhomme: "Un vrai basculement"

Le directeur du Tour de France Christian Prudhomme (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

Le directeur du Tour de France Christian Prudhomme voit dans l'édition 2012 dominée par l'équipe Sky et le Britannique Bradley Wiggins la confirmation d'un vrai basculement dans l'équilibre du cyclisme.

Comment qualifieriez-vous la victoire de Bradley Wiggins ?
R: "Une victoire à la façon de Miguel Indurain, de Jacques Anquetil. Un  coureur dominateur dans les contre-la-montre, qui résiste aux meilleurs  grimpeurs dans la montagne et qui fait mieux que résister. Il a dominé tous les  grimpeurs à l'exception sans doute de son équipier Chris Froome. On ne va pas  leur reprocher d'avoir une logique où l'on ne voit qu'une seule tête puisque le  but était de gagner. Ils se souviennent naturellement qu'ils avaient fait 2e et  3e de la dernière Vuelta. Mais, c'est vrai, on préfère toujours quand la  sélection se fait par l'avant et non par un écrémage à l'arrière. Ce qui est  tout à fait inédit, c'est qu'un triple champion olympique sur piste gagne le  Tour de France. Il y a un parallèle avec Cadel Evans qui venait lui aussi d'une  autre discipline. C'est la confirmation que d'autres filières, le VTT l'an  dernier, la piste cette année, peuvent mener aux plus grands succès sur la  route."
   
Avez-vous un regret sportif ?
R: "Le seul regret, c'est que la seule manière de les mettre en difficulté  aurait été d'avoir un front uni contre eux, mais c'est plus facile à dire qu'à  faire. Je crois qu'Evans ou Nibali n'avaient simplement pas les capacités  physiques pour aller dérégler la machine Sky."
   
Est-ce un changement d'ère ?
R: "Incontestablement, il y un vrai basculement des pays traditionnels de  cyclisme, Belgique, Pays-Bas, Italie, Espagne, France, vers le monde anglophone  avec une accélération très impressionnante ces dernières années. La victoire du  premier Australien en 2011, du premier Anglais en 2012, le fait qu'ils aient  une équipe dans l'élite du cyclisme mondial, la montée en puissance de la  bicyclette dans le monde anglophone... Il y a un vrai changement et le Grand  départ du Tour de France à Londres en 2007 qui reste pour moi inoubliable a  sûrement été un accélérateur."
   
Est-ce aussi un changement de méthodes ?
R: "C'est incroyablement soigné, hyper-précis. La première année (2010), on  s'est beaucoup gaussé d'eux comme ils sont arrivés à grand renfort de  communication. Très vite, ils ont corrigé le tir et, sans sa fracture de la  clavicule, Wiggins aurait été un sacré client l'an dernier, pour le podium et  peut-être même pour la victoire finale. Cette année, il y a eu une montée en  puissance, on l'a vu tout au long de la saison jusqu'à la victoire programmée  dans le Tour de France."
   
Que peut faire un organisateur pour contrer la victoire de la  programmation ?
R: "Ce sont les équipes, les coureurs et les adversaires qui peuvent faire,  bien plus que nous. On continuera à faire en sorte de mettre des parcours  variés, différents. Mais on voit parfaitement sur les deux dernières éditions  que les coureurs et les managers ont le rôle le plus important à jouer. Au vu  de ce Tour, les autres équipes et les autres coureurs vont aussi réfléchir,  échafauder des plans et je suis convaincu que l'on aura un Tour 2013 avec des  gens qui tentent."
   
Tiendrez-vous compte des enseignements de cette course pour la suite ?
R: "Le Tour est pensé deux ans avant. Il n'y a pas un parcours pour ou  contre. Les coureurs ont magnifié le parcours en 2011, ils ne l'ont pas  complètement utilisé en 2012."
   
Des attaquants, type Contador, ont fait défaut dans ce Tour...
R: "Contador, qui finit de purger sa peine, est un élément dynamiteur dans  une course. Mais je pense pour l'année prochaine à un coureur tel que Nairo  Quintana, qui est en train de ressusciter la légende des grimpeurs colombiens."
   
Qu'avez-vous aimé particulièrement dans ce Tour ?
R: "L'émergence d'une nouvelle génération. Voir les deux plus jeunes  coureurs du Tour de France qui explosent au plus haut niveau, c'est du jamais  vu ! On connaissait le punch de Sagan, on voit qu'il a de vraies capacités en  montagne pour limiter les dégâts. Pour nous Français, il y a aussi l'éclosion  de Thibaut Pinot. Formidable !"