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France-Italie: la première de la "génération Novès" en six questions

Guy Novès, le sélectionneur et son capitaine Guilhem Guirado

Guy Novès, le sélectionneur et son capitaine Guilhem Guirado | AFP - FRANCK FIFE

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Publié le 06/02/2016 | 06:14, mis à jour le 06/02/2016 | 08:41

Guy Novès va pénétrer sur la pelouse du Stade de France pour la première fois en tant que sélectionneur de l'équipe de France, qui affronte l'Italie en ouverture du Tournoi des 6 Nations (en direct sur France 2 et francetvsport.fr à partir de 14h50). Avec un groupe remanié, rajeuni, le nouveau staff du XV de France doit apporter des réponses individuelles et collectives à six grandes questions. Une chose est sûre pour le nouveau sélectionneur: "Les joueurs vont y laisser la peau".

Vidéo: Interview exclusive de Guy Novès avant sa première contre l'Italie

 
 

Quel résultat ?

"Notre plaisir passe par les victoires", a scandé Yoann Maestri cette semaine à Marcoussis. Le deuxième ligne international est bien placé pour savoir que les victoires sont vitales pour un collectif. Sous l'ère Saint-André, les Français ont toujours couru après une série plus longue que les quatre victoires consécutives réalisés fin 2012, à cheval entre la tournée de juin et celle d'automne, lors de la première année de règne du sélectionneur. Mieux que quatre, les Français ne l'ont fait qu'une fois, entre matches amicaux et matches de poules de la Coupe du monde 2015, pour atteindre cinq. Entre, les joueurs et l'encadrement, tout le monde a pesté durant quatre ans sur le manque de confiance, sur le manque de sérénité dû à ses défaites, sur le manque de réalisme...

Voilà tous les maux que les joueurs de l'équipe de Guy Novès doivent éviter pour entrer dans cette nouvelle ère. Affronter l'Italie, au Stade de France, est clairement un avantage, puisque les Transalpins ne s'y sont jamais imposés. Et s'ils n'ont battu la France que trois fois en 38 matches, ils l'ont fait à deux reprises lors des six derniers matches. "Quand elle perd, elle perd de très peu. C'est une équipe très solide, avec des bases très fortes", a averti Guy Novès. "Elle a un jeu dynamique. Les résultats n'ont pas toujours été au rendez-vous, mais c'est une équipe en grand progrès. Quand on met ce maillot (de l'équipe de France), on ne peut pas se permettre de relâchements, et il n'y en aura pas contre l'Italie."

Vidéo - Guy Novès évoque l'Italie et son sélectionneur Jacques Brunel

 
 

Quel jeu ?

Le mot plaisir a été évoqué par Yoann Maestri. "Redorer le maillot et se faire plaisir. Et faire plaisir à ceux qui nous suivent", a-t-il dit également. Pendant quatre ans, le plaisir n'a habité ni les joueurs, ni le staff, ni les spectateurs. Ou de manière si ponctuelle (tournée d'automne en 2012) qu'il ne reste pas dans les mémoires. Or, Guy Novès a construit son impressionnant palmarès (4 Coupes d'Europe, 10 titres de champion de France) sur un jeu très ouvert au Stade Toulousain, où la philosophie réside dans une phrase: "l'ordre dans le désordre". Ses équipes ont souvent brillé par ses lignes arrières talentueuses, joueuses, relanceuses. Voilà ce qui est attendu, malgré un manque de préparation commune et des associations nouvelles (Bézy-Plisson, le trio Vakatawa-Médard-Bonneval, Danty-Fickou).

Les nouvelles têtes, la jeunesse, le point commun des joueurs sur leur capacité à jouer tous les ballons, tout cela doit mener le XV de France sur le chemin du renouveau. Mais chacun des succès des hommes de Guy Novès s'est aussi bâti sur une pack performant. Cela tombe bien, l'Italie est une référence en matière de conquête et de mêlée. Les Français passent donc un double test dans le jeu.

Vidéo - Les Bleus à l'entraînement, titulaires face aux remplaçants

 
 

Bézy-Plisson, Danty-Fickou, l'avenir du XV de France ?

"Ces jeunes là représentent l'avenir du XV de France." Guy Novès n'a pas fait dans le détail pour justifier la titularisation à la charnière du duo Bézy-Plisson. A 24 ans, les deux hommes sont pétris de talent, comme Jonathan Danty (23 ans) et Gaël Fickou (21 ans). Ce sont ces quatre hommes qui sont chargés, face à l'Italie, de créer le jeu des lignes arrières, encadrés par le seul expérimenté des trois-quarts, Maxime Médard (29 ans, 41 sélections). La pression est donc forte pour ces quatre hommes, dont ce sera la première association à ce niveau (les centres ont joué un match de Coupe du monde des moins de 20 ans ensemble en 2012).

"Ils sont quatre jeunes. On est au début d'un nouveau mandat, on ne va pas attendre trois ans pour les voir, " asséné Novès. "S'ils sont là, c'est qu'ils ont le potentiel. Quand un jeune a la capacité à jouer, il faut le faire jouer." Quel est le risque ? Les quatre hommes sont titulaires à leur poste dans des clubs qui jouent les premiers rôles en Top 14 (Toulouse) et en Coupe d'Europe (Stade Français). Ils sont en forme et en pleine bourre. En cas de bonne prestation, le staff tricolore aura peut-être trouvé une charnière et quatre joueurs qui iront jusqu'à la Coupe du monde 2019, avec quatre ans pour emmagasiner de l'expérience et franchir les obstacles du plus haut niveau. C'est aussi ce que Philippe Saint-André n'a jamais trouvé entre 2012 et 2016.

Vidéo - Novès: "L​'avenir passe par la jeunesse"

 
 

Vakatawa, le coup de génie ?

 
Virimi Vakatawa, l'ailier d'origine fidjienne (AFP - GIANLUIGI GUERCIA)
 

Appeler Virimi Vakatawa, cela a été l'une des grandes nouveautés de Guy Novès. A 23 ans, l'ailier d'origine fidjienne accumule deux spécificités: il est d'origine étrangère, et il évolue en équipe de France de rugby à VII. Venant d'un club formateur, le nouveau sélectionneur surprend en faisant appel à lui, d'autant qu'en 2011, dans la Dépêche du Midi, il disait à propos du VII: "Il y a absence de combat, ce n'est que de l'évitement. C'est de la course à pied, autant aller voir de l'athlétisme". L'ancien coureur qu'il est a revu son point de vue face à ce joueur extraordinaire.  "On est conscient qu'il a un certain nombre de lacunes, il ne maîtrise pas son poste parfaitement, mais plus tôt on l'y mettra, mieux ce sera", estime-t-il aujourd'hui. "Ce qui nous a plu à l'ensemble du staff, c'est qu'il s'inscrit dans un projet de jeu. Sa disponibilité dans le jeu, sa capacité à s'exprimer dans des espaces comme dans le rugby à sept…"

Arrivé au centre de formation du Racing en 2009 (ce qui lui vaut 'être considéré comme un Joueurs issus des filières de formation), Vakatawa est passé au VII en 2014, et a obtenu la double-nationalité. Puissant, athlétique (1.86m pour 92kg), il doit se réadapter au jeu à XV, deux ans après avoir disputé son dernier match contre les Harlequins. Et cela peut poser des problèmes, notamment dans son positionnement défensif, tant au niveau du repli que des chandelles. Et nul doute que les Transalpins le testeront dans ces secteurs. A lui, soutenu par l'expérimenté Maxime Médard, et à ses coéquipiers de ne pas se mettre à la faute. Car offensivement, avec ses crochets, sa puissance, sa vivacité et sa capacité à gagner ses duels, il pourrait bien être un véritable joyau.

Lauret, la lourde succession de Dusautoir ?

Si le staff tricolore n'a pas changé grand-chose dans le pack, il a été contraint de trouver un remplaçant à Thierry Dusautoir, parti à la retraite. Depuis la Coupe du monde 2007, "Titi" était l'inamovible troisième ligne aile. Il en est aussi devenu le capitaine pour finir lors de la dernière Coupe du monde avec 80 sélections au compteur. Il avait lui-même succédé à Serge Betsen (63 sélections), véritable sécateur de 1997 à 2007 en Bleu. A 26 ans, c'est Wenceslas Lauret qui a été choisi pour prendre cette place. Hasard ou pas, comme les deux autres, il a fait ses premières armes à Biarritz. Comme les deux autres, il a connu des débuts internationaux laborieux (7 sélections depuis 2010).

Au Racing 92, il a peut-être trouvé le club qui va lui permettre de franchir un cap. Infatigable coureur, plaqueur acharné, bon également en touche, Wenceslas Lauret rêve sans nul doute de calquer sa trajectoire sur celles de ses aînés et prédécesseurs. Face à l'Italie, son rôle pour mettre la pression sur la charnière adverse et être au soutien de ses coéquipiers en attaque sera vital. Et la 3e ligne transalpine n'est pas des plus tranquille à affronter. Mais en le titularisant, aux côtés des expérimentés Picamoles et Chouly, Guy Novès lui a donné un sacré gage de confiance. A lui de prouver sur le terrain qu'il en est digne.

 
Wenceslas Lauret à l'entraînement soutenu par Louis Picamoles (DR)
 

Médard, le retour de l'enfant prodigue ?

Champion du monde des moins de 21 ans en 2006 à 20 ans, sélectionné en équipe de France en 2008 à 22 ans année où il gagne le 1er de ses trois titres de champion de France, Maxime Médard était appelé à être un cadre des Bleus très rapidement. Pouvant jouer centre, ailier ou arrière, il avait la polyvalence idéale pour un sélectionneur, et le talent à revendre derrière ses rouflaquettes à la JPR Williams, l'un des plus grands arrières gallois, huit fois vainqueur du Tournoi des 6 Nations. Seulement voilà, la concurrence, les blessures, et parfois des performances beaucoup moins bonnes, ont rendu sa carrière internationale plus incertaine. En trois ans, de fin 2008 à fin 2011, il accumule 28 sélections, dont la dernière en finale de la Coupe du monde avec le maillot 15 sur le dos. Ensuite, en quatre ans, 13 capes sous Philippe Saint-André. Et malgré une présence dans le groupe élargi pour préparer la Coupe du monde en Angleterre, il rate cette épreuve, et n'est même pas rappelé après la blessure de Huget (remplacé par Grosso).

Pour ce premier match de l'ère Novès, son ancien coach à Toulouse lui fait confiance, aux dépens d'un Scott Spedding, titulaire du poste l'an dernier et qui n'a jamais vraiment démérité. Une marque de confiance. Du haut de ses 29 ans, il doit encadrer une ligne d'arrières dont la moyenne d'âge est de 24 ans (lui compris). Relanceur hors pair, il va devoir montrer qu'il peut tenir le choc en défense, et placer ses coéquipiers. D'enfant-prodigue, il est devenu père-protecteur. 

 
Le match France - Italie en ouverture du Tournoi des 6 Nations 2016 (AFP - Laurence SAUBADU, Sébastien CASTERAN)
 

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